Bilan de l’enquête UPS sur les
boursiers
en classes préparatoires
Cette enquête, réalisée en mars-avril 2006 par les professeurs de classes
préparatoires aux grandes écoles auprès de leurs administrations, concerne 50 003
étudiants de CPGE, c’est à dire plus des deux tiers, dont 10 360 boursiers
de toutes sortes (manquent parfois les bourses octroyées aux étrangers).
A noter que les rectorats ont lancé une enquête comparable à celle-ci et au même moment, il sera intéressant d’en comparer les résultats.
Résumé des chiffres bruts.
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Boursiers en CPGE : |
20,7% |
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MPSI |
20,0% |
1-BCPST |
18,4% |
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MP |
22,6% |
2-BCPST |
18,6% |
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MP* |
15,8% |
1-ECS |
11,9% |
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PCSI |
19,2% |
2-ECS |
12,9% |
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PCSI-SI |
14,0% |
1-ECE |
21,3% |
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PC |
21,5% |
2-ECE |
21,0% |
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PC* |
14,6% |
1-ECT |
20,0% |
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PTSI |
18,5% |
2-ECT |
37,5% |
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PT |
21,9% |
Let Sup |
21,1% |
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PT* |
20,2% |
1ère Sup |
18,9% |
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PSI |
24,0% |
1-T B |
39,7% |
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PSI* |
17,2% |
2-T B |
51,4% |
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1-TSI |
37,9% |
Charte 1 |
23,1% |
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2-TSI |
41,4% |
Charte 2 |
38,1% |
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1-TPC |
39,6% |
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2-TPC |
60,0% |
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ATS |
35,4% |
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20,7 % de boursiers au total c’est un peu plus que les 18,7 % annoncés par le ministère pour 2004, tant mieux, mais c’est encore loin des 30 % à terme espérés par le Président de la République.
Premiers commentaires sur les
chiffres.
Les classes
économiques et commerciales plafonnent globalement à 15,1 % tandis que les classes
scientifiques (biologie exclue) atteignent les 21,0 %. Les classes biologiques
et littéraires ont des résultats intermédiaires.
Notons les
résultats élevés des classes technologiques (TSI, TPC, ATS, TB).
Les CPGE
publiques montent le pourcentage à 21,4 % tandis qu’on descend à 13,8 % dans le
privé (sous contrat dans l’immense majorité des cas).
La province
(plus des deux tiers des élèves) atteint 24,1 % tandis que, contrairement à des
idées reçues, Paris avec 14,5 % fait mieux que sa banlieue qui se contente de
11,6 %.
Que
faire ?
Les collègues
interrogés ont fait part des idées qu’ils ont déjà mises en œuvre ou qu’ils préconisent pour augmenter le nombre de candidats
boursiers en CPGE :
Internats.
L’unanimité
des professeurs qui en parlent est frappante : il faut encore plus
d’internats, particulièrement pour les filles et les boursiers, et rénover et
agrandir ceux existants. Une timide avancée est à noter cette année : deux
ouvertures mais une fermeture.
Il faut que
ces internats restent ouverts le week-end, voire durant les petites vacances et
ce n’est que très rarement le cas. De nombreux témoignages rendent compte en
effet du désarroi des élèves mis à la rue chaque semaine pour 24 ou 48
heures parce que l’on veut économiser un peu de chauffage ou que l’on manque de
personnel de surveillance.
On tient
pourtant là un des arguments les plus efficaces pour démocratiser encore
l’accès aux CPGE.
Nombreux sont
les établissements essayant de pallier à une absence d’internat en proposant
des listes de chambres chez l’habitant ou en foyer. Mais les conditions de
travail ne sauraient y être aussi bonnes.
Bourses
et fonds sociaux.
Cela paraît
un peu facile mais un bon moyen d’augmenter le nombre de boursiers peut
commencer par augmenter le nombre de bourses ! Et donc de relever les
différents plafonds de ressources des familles. Il est vrai qu’il est déjà plus
facile d’être boursier de l’enseignement supérieur que de l’enseignement
secondaire (dommage d’ailleurs que cela ne se sache pas assez !) mais il
faut accentuer cet effort car on s’adresse à des jeunes qui pourraient être
tentés d’aller vite gagner leur vie pour ne plus être à charge de leurs parents.
Le montant
lui-même des bourses serait aussi à augmenter de manière significative et les
démarches gagneraient à être simplifiées.
On peut
penser aussi à multiplier les primes basées sur le mérite scolaire, tout comme
subventionner localement les « non boursiers de justesse » qui sont
parfois les plus en difficulté matérielle. Notons par exemple l’effort que
fournit la Société Française du Radiotéléphone envers les classes ATS.
De plus, si
on tient compte du temps supplémentaire nécessaire aux jeunes issus de milieux
modestes pour atteindre le niveau culturel des autres, il conviendrait de ne
pas supprimer leurs bourses à ceux qui ont besoin de redoubler. Ainsi 5/2 et
autres cubes pourraient transcender une première réussite. On tiendra là la clé
d’un ascenseur social performant.
Information.
Bien sûr on
s’en préoccupe déjà, mais on peut encore faire plus.
Les réponses
les plus fréquentes citent les interventions bénévoles des professeurs
eux-mêmes lors de journées Portes ouvertes dans leurs lycées, de Matinées des
carrières dans les lycées voisins ou de forums régionaux. L’information est
ainsi parfois donnée jusqu’aux élèves de troisième ou de seconde, ce qui est
loin d’être un mal.
S’organisent
aussi des rencontres avec les enseignants de Terminale et les conseillers
d’orientation psychologues. Il s’agit en général de démontrer l’évolution des
classes préparatoires en vingt ans à ceux qui en sont restés à de vieux
schémas. En effet le nombre de CPGE a doublé dans l’intervalle, les programmes
ont été régulièrement remaniés et les concours ont su évoluer (à noter la
création des Travaux d’Initiative Personnelle Encadrés, TIPE, inspirateurs des
TPE du secondaire). Il ne faut donc plus se limiter au profil d’élèves exigé
dans les années 80.
La
répartition nationale des classes préparatoires est aussi un gros argument pour
faire comprendre que l’on peut suivre des études d’excellence tout en restant
près de sa ville de banlieue, de province ou d’outremer. Cela est un facteur
important d’économie : frais de transports ou de logement s’en trouvent
notablement réduits.
L’argument
massue en faveur des CPGE est bien évidemment les débouchés nombreux et sûrs
qu’elles permettent. Leur fort taux d’encadrement est un moyen efficace pour
atteindre ce but, particulièrement important à l’heure où les cadres
scientifiques et techniques de notre pays vont devoir être profondément renouvelés.
Certains
collègues poussent l’abnégation jusqu’à tenir la main des candidats peu à
l’aise avec l’ordinateur lors des inscriptions en prépa : quoiqu’on en
dise, il n’est pas toujours facile de savoir naviguer sur le net. Idem lors des
démarches à faire pour obtenir une bourse ou simplement contacter une
assistante sociale.
Plus coûteux,
l’envoi de plaquettes d’information urbi et orbi serait pourtant à développer.
La Conférence des grandes écoles a fait un gros effort en ce sens il y a
quelques années et l’ONISEP réalise désormais des brochures moins effrayantes
sur les CPGE.
Les sites
Internet, parfois perfectibles, des lycées peuvent en partie remplacer ces
supports papier mais il n’est pas certain que ce soit là un moyen très efficace
pour trouver de nouveaux candidats boursiers. Le site prepas.org des
associations de professeurs semble être d’une aide précieuse à ses quatre mille
visiteurs quotidiens.
Les journaux
locaux et nationaux peuvent aussi servir efficacement de relais pour faire
comprendre à tous ceux qui n’osent pas qu’il y a chaque année des centaines de
places vacantes en classes préparatoires.
Fonctionnement
des lycées.
La procédure
nationale informatisée d’inscription en classes préparatoires a rencontré un
vif succès, particulièrement cette année avec une augmentation de près de 7 %
du nombre de candidats. Elle assure depuis quatre ans un traitement équitable
des dossiers, les ententes illicites des années antérieures ont disparu.
Si les gros
lycées des centres-villes peuvent se suffire à eux-mêmes, il n’en est pas de
même des structures plus petites. Celles-ci ont une grosse carte à jouer pour
séduire des jeunes facilement intimidables : celle de la convivialité
voire du cocooning. Mais il leur manque alors la plénitude de l’offre. En se solidarisant
elles pourraient éviter cette lacune. La carte scolaire devrait en tenir
compte. Diffuser une liste commune des journées Portes ouvertes serait déjà un
premier pas.
Comme pour
les internats, il est plus que dommage que certains lycées ferment leurs portes
le samedi pour des raisons purement matérielles. L’emploi du temps s’en trouve
concentré et les devoirs surveillés sont pris sur les heures de cours ou de
travaux dirigés. Cela n’aide pas les élèves qui ne peuvent guère trouver chez
eux un coin tranquille pour travailler.
Elargir la
palette des options semble aussi nécessaire afin d’éviter des portes qui se
ferment au nez des moins informés. S’il faut alors changer de lycée, cela
devrait être accompagné voire encouragé par les administrations.
ECTS.
A l’heure où
toutes les formations supérieures européennes mettent en place ce désormais
fameux système de points facilitant les échanges entre elles, comment imaginer
que les classes préparatoires puissent être mises de côté sur ce plan là ?
Oh bien sûr, les fils et filles de catégories aisés, bien informés, sauront
toujours prendre le risque de la réussite, mais qu’en sera-t-il pour les
autres ? La perspective de s’engager pour cinq ans peut en effet faire
peur : ce sera tout ou rien ? Bien sûr que non, puisque une quantité
non négligeable d’élèves de CPGE, surtout littéraires, se réoriente à Bac + 1
ou Bac + 2, et ce sans difficulté. Mais l’effet d’annonce risque d’être
redoutable auprès de populations peu informées alors qu’elles seraient rassurées
par la possibilité d’obtenir comme partout 60 points par année réussie. Les
classes préparatoires doivent donc pouvoir distribuer des ECTS à ses élèves
méritants, en toute indépendance.
Conclusion.
Les études en
classes préparatoires sont gratuites, on ne peut donc pas parler à leur
encontre d’élitisme social par rapport à d’autres formations supérieures. Il en
est d’ailleurs de même dans la majorité des écoles auxquelles elles préparent.
Mais il faut tout de même se nourrir et se loger à un âge où tant d’autres
peuvent avoir déjà un salaire. Ce n’est donc pas toujours facile pour les
familles de faire un tel sacrifice financier et c’est pourquoi il est
nécessaire de les informer et de les aider.
L’UPS
remercie donc ses adhérents pour toutes ces propositions, parfois coûteuses
(mais rentables à moyen terme) et parfois pas. Nul doute qu’elles permettraient
de réaliser le vœu aussi bien du Président de la République que des
différents parlementaires de toutes sensibilités s’étant penchés sur la
question : amener le plus grand nombre de jeunes talents à se réaliser.
Bruno
Jeauffroy
Secrétaire
général de l’Union des Professeurs de Spéciales
3,
rue de l’Ecole Polytechnique
75005
Paris
01
72 38 09 87