Pascal Ray, directeur de l'école Centrale Lyon et Grégory Vial, directeur des formations de Centrale Lyon, ont accepté de répondre à quelques questions concernant notamment la formation à Centrale Lyon, l'intégration de l'IA, du monde de l'entreprise et de la recherche dans les cursus proposés par l'école.
prepas.org - Comment définiriez-vous aujourd’hui l’ADN de Centrale Lyon et ce qui distingue son ingénieur des diplômés des autres grandes écoles d’ingénieurs ?
Pascal Ray - Centrale Lyon, créée en 1857, est reconnue de longue date pour sa marque et son cursus ingénieur généraliste. Depuis 2021, avec l’intégration de l’ENISE comme école interne (Centrale Lyon ENISE), Centrale Lyon se distingue également avec ses cursus de spécialité. Avec plus de 3000 étudiants, elle se présente désormais comme un établissement d’enseignement supérieur public intensif en recherche offrant un continuum de formation du postbac au doctorat.
La formation d’ingénieur généraliste représente plus de la moitié de nos effectifs étudiants et restera le cursus principal avec un recrutement majoritaire sur le concours Centrale-Supélec.
Le Groupe des Écoles Centrale partage un solide référentiel de cinq compétences, structuré et ambitieux pour le diplôme généraliste. Elles décrivent en réalité la vision d’un ingénieur systémique, éthique, créatif, responsable et stratège. Le modèle centralien forme des ingénieurs capables d'appréhender, de concevoir et de piloter des systèmes complexes dans un contexte d’incertitude et de transitions scientifiques, technologiques, environnementales et sociétales. Les activités de recherche de nos 6 laboratoires avec le CNRS, les travaux pratiques sur des plateformes technologiques de pointe, les temps de travail en mode projet le lien avec les milieux socio-économiques, auxquels nous sommes très attachés, viennent nourrir nos formations. Nous sommes convaincus, qu’y compris à l’ère de l’IA, il faut savoir associer à la fois le fondamental et l’expérimental que ce soit au niveau des cursus ou de la recherche.
Centrale Lyon a donc déployé ce référentiel commun avec, pour chacune des 5 compétences, trois composantes observables. Il est important de souligner que notre démarche compétences ne vient pas en remplacement de l’évaluation des savoirs et savoir-faire. Cette démarche vient en plus, et c’est l’une des conditions de validation du diplôme à l’école. Une plateforme numérique « Compass » produit un document attesté par l’école que le diplômé peut utiliser auprès des recruteurs pour mettre en avant les deux compétences qui ressortent de son profil.
prepas.org - Quelles sont les grandes évolutions que vous souhaitez apporter à Centrale Lyon dans les prochaines années, et pourquoi sont-elles nécessaires ?
Pascal Ray - Parmi les enjeux majeurs dans les années à venir pour Centrale Lyon il y a l'intelligence artificielle. Il faut définir avec les milieux économiques quelles sont leurs attentes en termes de recrutement et réfléchir ensemble sur les perspectives en termes d’évolution des métiers afin de voir comment on le traduit dans nos formations. On a bien évidemment besoin de former des experts en IA, mais il faut également que tous nos diplômés maîtrisent les bases en IA à la fois pour rédiger des prompts performants et plus tard être en capacité d’intégrer le management d’agents en parallèle du mangement de leur collaborateurs.

prepas.org - Comment faites-vous évoluer la formation pour répondre aux transformations du métier d’ingénieur ?
Grégory Vial - La formation à Centrale Lyon est en constante évolution, avec des apports nouveaux chaque année. Nous nous appuyons pour cela sur les conseils de perfectionnement (qui réunissent des professionnels des différents secteurs d’activité) et les retours des étudiants sur le cursus qu’ils ont suivi. Nous avons ainsi fait évoluer notre offre d’options en dernière année du cursus ingénieur généraliste pour y renforcer les possibilités de spécialisation en physique avec des applications pour le quantique et l’énergie. Nous introduisons également pour les élèves de première année lors de cette rentrée 2026, une partie plus importante de travail en autonomie. Les enjeux de l’IA, déjà évoqués, irriguent l’ensemble des composantes des cursus, de manière progressive, au fil de l’identification des besoins dans un secteur en évolution à grande vitesse. Notre proximité avec les entreprises (au sens large, incluant collectivités, startups ou associations) au travers de nos activités de recherche, notamment, nourrit cette réflexion au quotidien.
prepas.org - Quelle place les enjeux de transition écologique et énergétique occupent-ils désormais dans la formation des étudiants ?
Grégory Vial - Centrale Lyon s’affiche comme école de référence sur les grandes transitions. Cela se traduit de manière très concrète dans les formations. Ainsi, au sein du cursus ingénieur généraliste, nous avons introduit un cours de tronc commun sur les enjeux de la transition socio-écologique (intégrant toutes ses dimensions, renforçant les activités autour de la fresque du climat – initiée dès 2019 à Centrale Lyon) afin de marquer l’entrée dans le cursus. Mais les questions de développement durable et responsabilité sociétale (DDRS)

prepas.org - Quels partenariats stratégiques l'école a-t-elle développés récemment ?
Pascal Ray - Dans le cadre de notre plan stratégique 2022-2030, nous affichons l’ambition de « devenir le Caltech à l’européenne reconnu sur les grandes transitions (sociale, environnementale, énergétique, numérique) au service des acteurs socio-économiques ». Pour ce faire, nous agissons à deux niveaux : entreprises et international. Ainsi, nous mettons en place des partenariats « premium » avec certaines entreprises. Safran est un partenaire stratégique historique de Centrale Lyon avec environ 600k€ de contrats actifs par an, 25 diplômés recrutés chaque année, des plateformes expérimentales en commun dont certaines sont uniques en Europe, voire au niveau international. Nous avons par exemple contribué à la réduction de 30% de la consommation de futurs moteurs d’avion ! Nous souhaitons faire de même avec quelques entreprises notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’environnement et de la santé.
Sur la dimension internationale, nous avons deux laboratoires de recherche internationaux (Canada, Japon) et de très nombreux accords de doubles diplômes et de mobilités avec des établissements prestigieux !
prepas.org - Dans quelle mesure les étudiants peuvent-ils personnaliser leur parcours et construire progressivement leur projet professionnel ?
Grégory Vial -

prepas.org - Quelle place accordez-vous aux projets concrets, aux expériences en entreprise et à la recherche dans la formation des élèves-ingénieurs ?
Grégory Vial - L’alliance de la théorie et de la pratique expérimentale est dans l’ADN de Centrale Lyon. Nous soutenons avec force la présence de nombreuses activités de laboratoire dans nos cursus. Ce n’est pas le cas dans toutes les écoles, car le coût d’acquisition et de maintenance des plateformes est élevé, mais nous croyons fortement au bien-fondé de ce choix stratégique dans un contexte où la transition numérique de nos sociétés peut conduire à une perte de la compréhension des systèmes physiques. Un ingénieur généraliste se doit de maîtriser les deux aspects.
Quant aux expériences en entreprise et à l’initiation à la recherche, elles font également partie du cursus de nos élèves ingénieurs, au travers de projets, de stages, d’alternance. Un programme spécifique de découverte des métiers de la recherche est proposé aux élèves qui s’interrogent sur cette possibilité d’orientation.
prepas.org - Comment accompagnez-vous la transition entre les classes préparatoires et l’École Centrale de Lyon ?
Grégory Vial - Nous l’affirmons chaque année à nos élèves issus des CPGE : leur formation d’ingénieur a déjà commencé dès après le bac !
Mais la formation comprend deux phases, aux objectifs et méthodes pédagogiques spécifiques. La transition entre la CPGE et le cycle ingénieur s’effectue au travers d’un équilibre de continuité et de ruptures. Continuité, par la poursuite dès le premier semestre de disciplines comme les mathématiques, et un certain nombre de thématiques étudiées en physique. Ruptures avec, notamment, les projets en équipe, l’initiation à l’innovation, les activités

prepas.org - Face aux grands défis technologiques, environnementaux et industriels à venir, quelles compétences un ingénieur de Centrale Lyon devra-t-il absolument maîtriser dans dix ans ?
Grégory Vial - Définir aujourd’hui les compétences techniques dont devront disposer les ingénieurs dans dix ans s’apparente un peu à exercice de science-fiction ! Ce qui est certain, c’est qu’ils devront maîtriser les savoirs et savoir-faire scientifiques fondamentaux car ils constituent la base de la compréhension des systèmes physiques et numériques, aujourd’hui comme demain. L’adossement de notre formation à l’activité de recherche qui est menée au sein de nos laboratoires permet d’assurer que les enseignements se feront à l’état de l’art, même si ne savons pas décrire avec précision en quoi ils consisteront.

prepas.org - Quels sont les principaux défis pédagogiques des prochaines années et comment l'école s'y prépare-t-elle ?
Grégory Vial - Nous avons déjà évoqué l’IA à plusieurs reprises, comme discipline d’expertise scientifique pour nos élèves (dans ses dimensions matérielles, théoriques, algorithmiques, applicatives) et en tant qu’outil dans la pratique professionnelle quotidienne. Elle est également un outil d’apprentissage et son usage par les futures générations depuis leur adolescence modifie le rapport à la connaissance et les modalités d’apprentissage. Nous n’en sommes aujourd’hui qu’aux balbutiements et l’enjeu principal est de faire de l’IA une plus-value dans le processus de formation. Nous faisons d’ores et déjà évoluer un certain nombre de modalités d’évaluation qui ne permettent plus, ni de garantir une mesure de l’acquisition des compétences attendues, ni de motiver le travail amont auprès des élèves.

